17/01/2014 - Demandez Le Programme


Petite révolution dans l’Hades’ Factory

Une kyrielle d’acteurs talentueux, trop nombreux pour les énumérer bien qu’ils le méritent amplement, occupent la scène métamorphosée du théâtre Océan Nord, déguisée pour un soir en vieil appartement d’artistes avec un réalisme surprenant. « Ma génération m’emmerde », est le leitmotiv de la soirée, les jeunes artistes passent leur temps à « faire le parallèle entre Lenine et Lennon, Staline et Stallone ». Et du temps, ils en ont, la pièce dure plus de deux heures. Un réquisitoire très sombre, parsemé de jeux de mots, de quelques touches d’humour et d’une lueur d’espoir qui offre un ensemble dense et long, mais captivant.

Hades (Nicolas Luçon) revient de l’hosto. Son but : profiter des plaisirs de la vie : la drogue, le sexe, l’art. Avec ses potes, il compte « produire de la came pour financer de l’art », à moins que « le commerce en narcotiques ne devienne une œuvre d’art ». Ils décident de filmer les monologues de leurs amis artistes dans cet appartement sans âge. Défoncés, déçus par le monde dans lequel ils vivent, ils dénoncent leur époque : la « génération sacrifiée » des années 90, celle de la guerre du Koweït et des effets dévastateurs du SIDA.
Le texte de Stéphane Arcas est riche, parfois drôle, parfois cynique, toujours très touffu : certaines répliques fusent sans pouvoir être vraiment digérées. Une touche d’humour récurrente agrémente les échanges, lorsque l’auteur parle du futur, nécessairement inconnu et pourtant assimilé : « nous sommes tous devenus des lavettes » à la mort de Kurt Cobain, le 5 avril 1994. Oui, sauf que la petite révolution poétique à laquelle on assiste se déroule en 1992 ! Cette incursion du futur dans le présent est très réussie et apporte un soupçon de légèreté à ce réquisitoire contre une décennie. Beaucoup de jeux de mots également, dont l’amusant « mens sana in corpore salope » donne le ton.
Finalement, un spectacle surprenant, un discours contre une époque doublé d’une furieuse envie de vivre et de profiter, un cocktail explosif assez interpellant. On retiendra la qualité du jeu des acteurs et la richesse du texte, mais on regrette un peu la longueur de la performance qui réduit la concentration pourtant nécessaire à l’assimilation du contenu. Un voyage dans le passé au goût de présent clôturé par une note d’espoir, le théâtre Océan Nord continue ses explorations, profitons-en !

- Catherine Solokowski

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