17/01/2014 - La Libre


Voyage en pays grunge, à l’Océan Nord

"Bleu Bleu" de Stéphane Arcas, création plastique et métaphorique.

scènes Critique Marie Baudet

Les années 1990 sont, plus qu’une époque, un pays. Un territoire. À Toulouse, en 1992, Stéphane Arcas est étudiant aux Beaux-Arts et, en parallèle, noircit des carnets. Qui deviendront un scénario, seront perdus, retrouvés… À Bruxelles, en 2014, Stéphane Arcas - plasticien, acteur, auteur, metteur en scène - crée (dans ces deux dernières fonctions) "Bleu Bleu", qui revient sur cette époque, ce territoire familiers, nourris d’autobiographie. Sans les reconstituer de toutes pièces.
Un long monologue entame le spectacle. Hades émerge de quelques jours à l’hôpital où il a subi une opération dentaire. Sevré des substances qu’il prend habituellement, il redécouvre des sensations, ou leur absence inquiétante, et laisse fuser les interrogations.

Désinvolture, humour, noirceur

Étudiant en art, consumant sa vie à coups de sexe, de drogues, d’alcool et de rock’n’roll (versant grunge, nineties obligent), Hades (Nicolas Luçon) se lance avec ses potes Nico (Claude Schmitz) et Manu (Ugo Dehaes), plutôt que de tourner en rond, dans un projet où l’argent de la drogue leur permettrait de financer leurs projets artistiques. Jusqu’à faire de cette démarche même le sujet d’une œuvre incluant des images filmées de leurs "clients".

Avec des variations de rythme et de ton, avec une solide et éclectique distribution (que complètent Marie Bos, Renaud Cagna, Cécile Chèvre, Chloé De Grom, Julien Jaillot, Guylène Olivares et Philippe Sangdor), avec une flopée de références tant artistiques qu’historiques voire sociologiques, avec une scénographie foisonnante de Marie Szersnovicz, avec de la musique live par Michel Cloup et Aymeric de Tapol, avec une écriture fuselée et profuse, avec aussi quelques longueurs frisant le nombrilisme, avec désinvolture, humour et lumière noire, Stéphane Arcas fait de "Bleu Bleu" et de tous les malaises qu’il charrie un voyage métaphorique, plastique, un témoignage poétique. Parfois irritant, souvent attachant.

Bruxelles, Océan Nord, jusqu’au 25 janvier, à 20h30 (mercredi à 19h30; mardi 21 à 13h30 et 20h30). Durée : 2h20. De 5 à 10 €. Infos & rés. : 02.216.75.55, www.oceannord.org

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