Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis : l’émergence sans frontières


Par Marine Relinger - Le 05/05/2014

Du 6 mai au 14 juin, le festival découvreur de talents présente vingt-six compagnies, pour certaines inconnues en France, dans douze théâtres du département.

 
La réputation des  Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denisn’est plus à faire. Héritier du prestigieux concours de Bagnolet, qui révéla la danse contemporaine hexagonale - dite la Nouvelle danse française - dans les années 1980, le festival itinérant dirigé depuis 2002 par Anita Mathieu tient à son rôle de défricheur et confirme son ambition internationale. Sur les 26 compagnies invitées du 6 mai au 14 juin dans douze théâtres du département, moins d’un quart est français. Certains artistes, comme les Espagnols d’El conde de torrefiel et la Coréenne Kim Bo-ra, n’ont jamais été présentés en France.
Souhaitons-leur le même succès que celui d’Alessandro Sciarroni qui, programmé pour la première fois hors d’Italie l’an dernier aux Rencontres, tourne en ce moment même en Uruguay, avant une vertigineuse série de dates européennes qui le ramènera en France à la rentrée (il sera notamment présent à la Biennale de la danse de Lyon en septembre). La recette du festival ? La primeur et la prise de risque. L’édition 2014 compte ainsi cinq premières - avec Jérôme Brabant, Myriam Gourfink, Lisbeth Gruwez, Katalin Patkaï et Mélanie Perrier - et une douzaine de premières françaises.


Des grands noms aux jeunes pousses
La mise en bouche se fera en compagnie de chorégraphes reconnus. Les 6 et 7 mai rassembleront au MC 93 de Bobigny l’Australien Adam Linder - avec une réinterprétation deParade, ballet de Jean Cocteau créé en 1917 avec Massine, Picasso et Satie - et Olivier Dubois, qui s’inspirera librement des Elégies de Duino de Rilke pour déployer la puissance des corps du Ballet National de Marseille. Dans un autre registre, Pierre Droulers prendra le relais avec Soleils, articulant son exploration du mouvement à une réflexion sur la lumière, le 13 mai à l’Espace Michel Simon de Noisy-Le-Grand.
La jeune génération en vue sera notamment présente les 22 et 23 mai au Forum Blanc-Mesnil, avec deux premières (Nos charmes n’auront pas suffi de Mélanie Perrier et Souterrain de Myriam Gourfink) et Portland, signée par les Espagnols de La Veronal et Lali Ayguadé. Sans oublier la dernière création de Daniel Linehan, The Karaoke Dialogues, du 2 au 4 juin au Théâtre de la commune d’Aubervilliers.


Explorations jubilatoires
Si l’on adhère aux exigeantes visées exploratoires du festival, il ne faudra surtout pas en rester là. Parmi les rendez-vous à ne pas manquer, celui des 17 et 18 mai à la Parole Errante de Montreuil, qui rassemblera la Coréenne Kim Bo-ra pour une danse de la solitude (A long talk to oneself) ; Katalin Patkaï, avec Jeudi, nouvelle pièce où le nu dénonce les mécanismes de la danse comme les codes de représentations ; ainsi que  Contingencies, de l’Autrichienne An Kaler, qui explore la danse en tant que forme en transition, dans un univers visuel. L’affiche du Colombier à Bagnolet qui présentera, du 26 au 28 mai, l’Italienne Francesca Foscarini et l’Israélienne Yasmeen Godder (Gut Gift), le collectif italien Kinkaleri (Fake For Gun No You / All!), ainsi que les Espagnols Pere Faura et Iñaki Alvarez (Diari d’accions) n’est pas moins intéressante.
La clôture aussi pourrait faire sensation, les 13 et 14 juin au Nouveau Théâtre de Montreuil, avec la première de AH/HA, de Lisbeth Gruwez, qui aborde le corps en extase ; Kinshasa Electric, où la Canadienne Ula Sickl s’intéresse aux danses populaires et des night clubs de Kinshasa ; et l’impertinent Holiday on Stage de Martin Schick et Damir Todorovic, encore peu présentés dans l’Hexagone.
On verra aussi, aux Rencontres, l’Italienne Christina Rizzo, la flamenca Sònia Sánchez, la Néo-zélandaise Simone Aughterlony, la Grecque Kat Válastur, l’Israëlienne May Zarhy et les Espagnols d’El Conde de Torrefiel, pour la première fois en France. La Seine-Saint-Denis, même lorsque l’amateur de danse n’y réside pas, paraît tout d’un coup bien proche.

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